NECROPOLE MEGALITHIQUE DE LA CLAPE

 



Sur ce petit massif de la Clape a été édifiée une nécropole mégalithique il y a plus de 4000 ans. La découverte remonte à janvier 1965. L'ensemble des tombes est situé sur le territoire de la commmune de Laroque de Fa.
A ce jour huit tombes ont été repérées. Sept d'entre elles sont situées sur le talus nord et ouest ; une huitième plus à l'est est située sur un palier à déclivité moins accentuée. A l'inverse de cette dernière, toutes les autres sépultures ont été édifiées sur la retombée du massif, c'est à dire sur les parties déclives où se forment les éboulis. Les lauzes ayant servi comme piliers (ou tables de couvertures) ont été prélevées sur place et la caillasse des éboulis utilisée pour la construction des tumuli. Malheureusement, la pente accentuée sur laquelle les monuments ont été bâtis a été la première cause de leur ruine. Les remplissages eux mêmes ont beaucoup soufferts et les quelques témoignages mis au jour ça et là sont probablement sans rapport avec l'importance des mobiliers déposés par les préhistoriques. Une épaisseur de quelques centimètres de terre subsistait parfois dans les cellae mais souvent le roc était seulement recouvert par de rares plaquettes calcaires.

Tombe n° 8

Située un peu à l'écart des autres sépultures, à proximité du point culminant du massif de la Clape, cette tombe est celle qui présente le plus d'intérêt. Son plan est polygonal à tendance circulaire, sans aucune trace de couloir nettement apparent. Le mégalithe paraissait constitué par une chambre plus ou moins ronde encastrée au centre d'un petit tumulus très ramassé, lui même à peu près circulaire.

La tombe n°8, par son architecture, représente quelque chose de nouveau dans les Corbières et le bassin de l'Aude, d'une part, mais aussi sur une échelle plus grande. Elle vient s'ajouter aux monuments pyrénéens de plan polygonal ou sub-circulaire, encore rares, mais qui sont désormais attestés dans le midi de la France.
Son mobilier reflète une utilisation déjà certaine vers le deuxième tiers du 3ème millénaire avant J.-C., époque de floraison des flèches asymétriques. Sur ce fond autochtone se sont surimposés plus tard des apports campaniformes.
L'écuelle ombiliquée, les boutons prismatiques, les perles en test ou les coquillages découpés doivent appartenir au Chalcolithique évolué ou au tout début du Bronze ancien. A partir de ce moment là les inhumations dans ce monument ont dû cesser. Les documents trouvés sur le tumulus, attribuables au Bronze moyen ou récent, signent une violation du dolmen à une époque où son utilisation comme sépulture multiple était vraisemblablement révolue.

 

Tombe n°7

Ce monument est particulièrement intéressant.
Sous l'angle architectural, il s'agit d'un dolmen à couloir typique avec chambre rectangulaire et couloir rétréci en pierres sèches (calcaire local). Il n'y a pas de table de couverture. Cette cella, assez étroite est prolongée au Sud par un couloir surbaissé.

La fouille s'est soldée par la mise au jour d'un mobilier ostéologique et archéologique (essentiellement
céramique), retrouvé dans la cella.
A l'exception de très rares documents tardifs, comme par exemple les fragments de fonds plats, une bonne partie du matériel céramique issu de ce monument peut revendiquer une assez haute antiquité parmi le mobilier des civilisations mégalithiques régionales. Le vase à cordon lisse en relief est en effet connu de plusieurs civilisations du Néolithique récent : Vérazien ancien de la grotte du Gaougnas à Cabrespine (2600 ans avant J.-C.) ; St Ponien de la Vallée de l'Orb qui gravite également entre 2700 et 2300 avant J.-C. Les bols, les vases globuleux, n'ont rien de spécifiquement campaniformes et se rattachent plutôt à des styles céramiques connus au Néolithique récent. Les écuelles carénées sont de style vérazien.
Quant à la vrille ou perçoir en silex, son aspect pourrait le faire rapprocher de certaines pièces du Néolithique récent.

En résumé, ce monument présente un type architecture et un mobilier qui permettent de placer sa construction et son utilisation antérieurement à la divulgation régionale des vases campaniformes. Par ailleurs, contrairement aux tombes n°5 et n°8, ce dolmen ne paraît pas avoir été réutilisé par les porteurs des gobelets. Tous ces arguments permettent de faire graviter sa construction et son utilisation maximale vers le Néolithique récent, soit vers le deuxième tiers du 3ème millénaire avant J.-C. (c'est à dire environ 2600 ans avant J.-C.)

De nombreux ossements étaient blanchis ou encroûtés au contact de la pierraille calcaire qui constituait un mince remplissage. Les vestiges dentaires ont permis d'identifier les restes de 24 personnes (dont 9 seulement de plus de 10 ans). Il convient de noter la présence de restes de crânes d'enfants et d'ossements de jeunes sujets.

Tombe n°6

Elle se dresse à 150m environ au Nord du groupement de dolmens comprenant les tombes n°2,3,4,5. Il y a là un ensemble de deux tombes, tombe n°6 et tombe n°7, qui émergent d'une surface de plaques calcaires.
L'état de la tombe n°6 est mauvais. C'était un monument rectangulaire allongé. Il ne subsiste que peu de choses de la cella. Les piliers qui la constituaient sont tombés et se sont brisés (dalle de fond notamment).

Le mobilier, très pauvre, se limite à :
- une flèche foliacée en silex blanc
- un rebord de vase évasé de teinte marron
- quelques tessons, de teinte marron, appartenant à des récipients non tournés
- 5 fragments d'un récipient rouge épais "tourné"
- quelques menus tessons de céramique "tournée"
La flèche foliacée et les quelques tessons paraissent appartenir au Néolithique récent.

Tombe n°5

Le monument se présente comme une allée rectangulaire très ruinée. La table de couverture principale avait basculé et se trouvait sur le tumulus, sur le flanc ouest du monument. Les supports, tombés ou inclinés, étaient emmêlés dans une chape de pierraille calcaire.

Les restes anthropologiques et notamment les dents ont permis d'identifier la présence de 24 sujets, pour la plupart jeunes. Il n'y aurait qu'un seul adulte qui serait de sexe masculin. Le mobilier rencontré l'a été contre les piliers soit, à peu près toujours, hors du monument. Il est vraisemblable que la position même du monument, sur un terrain déclive, l'exposait à une perte plus ou moins rapide du remplissage sous l'effet du ruissellement. Le mobilier retrouvé :
- une lame et un couteau en silex brun
- une pointe de flèche perçante en silex blanc (belle pièce, assez rare)
- deux fragments d'un fond de vases à pied annulaire
- un bouton en os avec perforation en V
- une pendeloque découpée dans un coquillage
- un gastéropode percé
- 3 valves de lamellibranches forées
- une dizaine de dentales dont deux trouvées enfilées
- une perle ronde et plate en coquillage
- un fragment de canon d'os portant une cannelure circulaire incisée.
A ces documents préhistoriques, il faut ajouter deux bagues ou anneaux en métal gris d'époque historique. Parmi les intrusions récentes figurent aussi une tige métallique à pointe émoussée ainsi q'une scorie de fer.

Tombe n°4

L'architecture de ce monument peut être assimilée à la série des monuments à couloir dégradé mais à largeur invariable, dont le dolmen 1 est, à la Clape, l'exemplaire le plus représentatif. Il est également remarquable de constater, dans ce cas tout particulièrement, l'absence de transport de matériaux. Le monument parait avoir été construit avec des dalles prélevées sur place dans un secteur qui présente un pendage naturel assez caractérisé.

Quelques tessons non tournés, très corrodés ont été trouvés plaqués à même le roc qui constituait l'assise du monument. Le mobilier se limite à une dizaine de tessons.

Tombe n°3

La scépulture n°3 se présente comme un caisson rectangulaire, fermé de quatre côtés.

La situation du monument, sur un talus assez fortement incliné, n'était pas pour favoriser la conservation du remplissage primitif. Des dépôts préhistoriques ne demeuraient que de très rares ossements : 11 dents, un fragment de crâne, un rachis et quelques phalanges. Ces quelques vestiges ont permis d'identifier la présence de deux sujets : un adulte de 20-30 ans et un jeune de 6 à 7 ans. Le mobilier archéologique se limitait à un couteau de silex.

Tombe n°2

La tombe n°2 est le plus petit monument funéraire de la nécropole de la Clape. Sépulture rectangulaire, encore fermée sur trois côtés. Alors que toutes les autres tombes sont des dolmens authentiques, ce n'était qu'un caisson de peu d'envergure.

Le mobilier comprend divers tessons appartenant à un même vase marron, à pâte grise qui appartient à l'Age du Bronze.

 

Tombe n°1
Le monument est bien conservé. Il se présente sous la forme d'une petite chambre rectangulaire prolongée par un couloir surbaissé de même largeur que le cella. Il est englobé dans un tumulus circulaire de pierrailles calcaires.

Un petit mobilier archéologique a été retrouvé : couteau à section trapézoïdale, couteau à section triangulaire, columbella rustica. Parmi les vestiges anthropologiques figuraient 94 dents. Leur étude minutieuse a permis d'identifier la présence de 15 sujets.

Bibliographie : La Nécropole Mégalithique de la Clape (Laroque de Fa, Aude), Jean Guilaine et la collaboration de : Henri Duday et Jean Lavergne, ATACINA 7, Laboratoire de Préhistoire et de Palethnologie, Dépôt de fouilles préhistoriques, Carcassonne, 1972

 




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